Ablation de la glande thyroïde - Chirurgie thyroïdienne

Cet article fait référence à la Chirurgie Viscérale et Digestive. Il a été rédigé par des chirurgiens viscéraux et digestifs exerçant à Mâcon.

thyroideLa thyroïde est un organe endocrine, elle sécrète des hormones qui régulent différentes fonctions de l'organisme. Elle est située à la face antérieure du cou, devant la trachée, et au contact des nerfs récurrents (qui innervent les cordes vocales) et des glandes parathyroïdes (qui régulent le calcium dans l’organisme). La thyroïde peut être atteinte de maladies bénignes (goitre, nodule, hypo ou hyperthyroïdie) et de cancer.

Une indication d’exérèse chirurgicale est retenue le plus souvent en raison de développement de nodules solides et/ou d’hyperfonctionnement.

Quels sont les examens complémentaires ?

  • Les dosages hormonaux (T3, T4, TSH) : permettent de savoir si la thyroïde est en hyper ou hypo activité.
  • L'échographie cervicale : permet de définir  si les nodules sont tissulaires (tumoraux) ou liquidiens (kystiques), de  les mesurer pour suivre leur évolution et dans certains cas, permet de guider une ponction pour une analyse au microscope.
  • La scintigraphie thyroïdienne : consiste à injecter de l’iode faiblement radioactif, et par exemple de voir si un nodule est « chaud » (capte beaucoup d’iode) ou « froid ».
  • L'analyse cytologique : se fait par ponction à l’aiguille fine d'un nodule (soit en direct soit guidée par échographie) et, interprétée par un médecin anatomo-pathologiste, elle permet d'orienter vers le diagnostic de cancer.

Le traitement chirugical

L'intervention chirurgicale consiste à enlever une partie ou la totalité de la thyroïde (lobo-isthmectomie ou thyroïdectomie totale). L'intervention se réalise sous anesthésie générale. Sa durée est généralement de 20 minutes à 1 heure. L'incision se situe dans un pli du cou. Lors de l'intervention, si un cancer est suspecté, un médecin anatomopathologiste est présent dans le bloc opératoire et donne une première analyse du nodule enlevé (examen extemporané) et permet ainsi d'orienter le geste vers une thyroïdectomie totale.

Pendant la chirurgie, le geste est méticuleux grâce à une hémostase fine au bistouri à thermocoagulation et à l'utilisation du "NIM", système électrique de détection du nerf récurrent, afin de ne pas le léser en pré-operatoire.

Le soir de l'intervention, vous serez levé. Vous reprendrez l'alimentation normale dès le lendemain. Des drains auront quelquefois été mis en place et seront progressivement retirés. Vous pourrez quitter l’établissement vers le 4ème jour post opératoire (suivant les cas et après confirmation par votre chirurgien).

Pendant votre convalescence, vous pourrez avoir une alimentation normale. Il n'y a pas lieu de donner de régime particulier lié à cette intervention. Très rapidement, vous pourrez reprendre une activité normale. Il n'y a pas de conséquence lors de l'exérèse d'une partie de la thyroïde. Lors d'une thyroïdectomie totale, vous pouvez ressentir une fatigue en attendant que votre traitement hormonal soit bien équilibré. La surveillance au long cours est faite en coordination avec votre médecin traitant et le médecin endocrinologue en fonction de chaque cas particulier.

Les complications et conséquences opératoires

Ce type de chirurgie en règle générale présente des suites opératoires bénignes et simples. En complément des informations qui vous ont été données en consultation, ce texte précise les complications spécifiques et conséquences de ce type de chirurgie.

  1. L’hématome post opératoire, qui peut nécessiter une réintervention en urgence dans les heures qui suivent l’intervention, correspond au développement dans la loge qui était occupée par le corps thyroïde d’un hématome qui peut avoir un effet compressif sur la trachée et entrainer une gêne respiratoire. C’est pour cette raison qu’après une chirurgie thyroïdienne même la plus simple, une hospitalisation d’une nuit est encore considérée par sécurité comme indispensable.

  2. La chirurgie thyroïdienne peut être à l’origine de complications vocales : la principale complication consiste en la survenue d’une paralysie du nerf récurrent. Chaque corde vocale est innervée par un nerf récurrent dont le trajet anatomique est situé au contact de la face postérieure de chacun des deux lobes thyroïdiens.

    La technique habituelle utilisée pour la chirurgie thyroïdienne consiste en un repérage systématique de ce nerf, mais la simple dissection peur être suffisante pour entrainer une paralysie qui est régressive dans le moitié des cas. Une paralysie unilatérale peut n’entrainer aucun symptôme et sera systématiquement recherchée après chirurgie thyroïdienne ; elle entraîne le plus souvent des troubles de la voix, avec une voix modifiée, très affaiblie. Cette modification vocale peut s’accompagner de troubles de la déglutition pour les liquides. Lorsqu’une paralysie récurrentielle est symptomatique, des séances de rééducation orthophonique sont prescrites, permettant de hâter la récupération vocale dans les formes régressives et d’obtenir une compensation par le corde vocale opposée dans les cas où la paralysie récurrentielle demeurera définitive. Lorsque la récupération de la mobilité de la corde vocale est obtenue, elle survient habituellement dans un délai rapide, de quelques jours à quelques semaines.

    Cependant, des récupérations plus tardives peuvent être observées jusque dans un délai de six mois à un an. Lorsque la paralysie récurrentielle concerne les deux nerfs, la paralysie des deux cordes vocales peut être à l’origine, soit de phénomène d’asphyxie grave pouvant nécessiter la constitution d’une trachéotomie temporaire, soit de troubles majeurs de la déglutition. D’autres nerfs agissent sur le fonctionnement lu larynx et leur paralysie peut également affecter la voix mais de façon moins marquée : les nerfs laryngés supérieurs conditionnent la qualité de la voix des chanteurs ou autres professionnels utilisant la voix de façon intensive.

  3. La chirurgie thyroïdienne, lorsqu’elle intéresse les deux lobes thyroïdiens (thyroïdectomie totale ou quasi-totale) expose à un dysfonctionnement des glandes parathyroïdes en post opératoire. Ces glandes parathyroïdes sont habituellement au nombre de quatre, situées au contact immédiat du corps thyroïde et leur vascularisation provient des branches des artères thyroïdiennes. L’ablation intempestive ou la simple dévascularisation de ces glandes peut entraîner la survenue d’hypocalcémie post opératoire. L’hypocalcémie provoque des picotements autour des lèvres, des fourmillements des extrémités et dans les formes les plus graves des crises de tétanie.

    Ces symptômes sont traités par l’administration de calcium, parfois en association à de la vitamine D. Si une baisse modérée et transitoire de la calcémie au cours des premiers jours ou semaines post opératoires est une éventualité relativement fréquente, la persistance d’une hypocalcémie nécessitant un traitement substitutif à vie est une complication très exceptionnelle de la chirurgie thyroïdienne. Ce type de complication est majoré par la nécessité de réaliser un curage ganglionnaire comme cela se rencontre dans certains de cancers thyroïdiens.

  4. La prise d’un traitement substitutif post opératoire n’est pas une complication mais une conséquence normale de la chirurgie d’exérèse thyroïdienne. Après ablation du corps thyroïde, la nécessité de suivre un traitement substitutif à vie pour compenser le déficit en hormone thyroïdienne est constante. Ce traitement léger, simple à prendre, ne nécessitant que des contrôles biologiques très espacés et ne modifie en aucun cas le mode de vie qui existait avant l’intervention, n’entrainant aucun effet secondaire physique ou psychique.

  5. Ces complications décrites sont spécifiques à la chirurgie thyroïdienne (parathyroïdienne). Il s’y ajoute des complications communes à toute chirurgie : douleur post opératoire, séquelle cicatricielle, risque infectieux qui est très faible dans la cadre de cette chirurgie survenant sur des tissus non septiques.

Ces données n’ont pas pour but en vous informant brutalement de créer une angoisse supplémentaire avant l’intervention mais de vous permettre de réfléchir à l’issue de la consultation pré opératoire. La chirurgie thyroïdienne en dehors de très rares cas de goitres présentant des complications aigües, d’hyperthyroidie non contrôlable médicalement, représente une indication chirurgicale qui n’a pas de caractère d’urgence et peut sans risque être différée.

Ces informations vous permettront de préciser d’éventuelles questions pour obtenir des informations complémentaires à l’issue de la consultation.

ASSOCIATION FRANCOPHONE DE CHIRURGIE ENDOCRINIENNE

A noter que notre établissement est doté d’un système de repérage des nerfs récurrents en pré-opératoire, limitant ainsi le risque de lésion récurrentielle.

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